Ignacio Perea: « La COVID-19 a déroulé le tapis rouge pour les investissements liés à la durabilité »

Ignacio Perea Vall Banc sostenibilitat

Ignacio Perea est le nouveau directeur des investissements de Vall Banc depuis octobre dernier. Son incorporation coïncide avec l’engagement ferme de la banque envers des modèles d’investissement durables. Perea a plus de 20 ans d’expérience dans la gestion des actifs et l’analyse des risques et a une vision claire de l’avenir du secteur financier. EL PERIÓDICO a discuté avec lui de ces nouveaux modèles d’investissement qui impliquent des investissements de manière responsable.

Vous avez rejoint Vall Banc pour renforcer son département d’investissement, plus précisément pour diriger l’adaptation au nouveau cadre législatif international. Quels sont les changements à effectuer ?

L’entrée en vigueur du nouveau cadre législatif international implique une série de changements non seulement pour Vall Banc, mais pour tout le secteur, ainsi que d’autres changements visant à mieux expliquer le type de services fournis lors du conseil ou de la délégation de la gestion ; elle implique aussi des éléments de transparence ; cet effort est en cours, mais le niveau d’exigence en Europe est très élevé, surtout en ce qui concerne les frais appliqués aux clients. Vall Banc travaille déjà à l’intégration de cette façon de penser et de tous les éléments liés à la durabilité dans son offre.

Pouvez-vous nous en dire plus ?

La durabilité ne concerne pas seulement l’environnement, mais aussi les éléments sociaux et la bonne gouvernance d’entreprise. Elle a des implications en matière d’égalité des sexes ou d’intégration des personnes handicapées. Nous suivons le principe du développement durable, ce qui signifie que nous établissons un contrat intergénérationnel dans lequel nous voulons que les générations futures aient les mêmes chances que nous en termes d’emploi, d’aspects sociaux et autres.

Je comprends donc que votre arrivée à Vall Banc n’a pas été le fruit du hasard et que la banque veut miser sur ce type d’investissement.

Absolument. Nous ne voulons pas que ce soit seulement du marketing. Nous cherchons à l’intégrer dans tous nos processus d’investissement de manière rigoureuse et en suivant les normes européennes. Nous disposons d’outils qui nous permettent de mesurer son application et nous misons aussi sur la formation. En ce sens, nous sommes en plein processus de certification de toute l’équipe de direction et nous allons probablement même l’étendre à des éléments de l’équipe commerciale. Nous nous efforçons d’avoir un langage commun au sein de l’entreprise. En ce sens, ma présence n’est pas fortuite. Le 10 mars, la première vague de règlements entrera en vigueur, surtout en Europe, et bien que l’Andorre ne soit pas directement concernée par la zone euro, nous aspirons à respecter les bonnes pratiques et à ne pas attendre d’y être contraints.

Comment Vall Banc met-elle en œuvre ces changements ?

En plus de réfléchir à de nouveaux produits, nous révisons ceux que nous avons déjà pour les adapter et y incorporer de nouvelles caractéristiques. Désormais, nous ne nous contentons plus d’examiner les critères financiers, mais nous disposons également d’un outil pour mesurer les notations de durabilité : environnementale, sociale et de bonne gouvernance d’entreprise. Nous recherchons les bonnes pratiques en matière de modèles d’affaires. Par exemple, nous mesurons l’empreinte carbone pour savoir quelles sont les émissions de CO2 des entreprises dans lesquelles nous investissons et que nous finançons. Notre idée est d’intégrer progressivement une autre série de mesures, en plus de celles de la rentabilité, comme la gestion de l’eau ou le traitement des déchets. Nous pouvons ainsi donner à nos clients une vision plus large et plus complète du fait que lorsqu’ils investissent, il y a aussi une série de conséquences qui vont au-delà. Nous voulons que ce soit une expérience de durabilité.

Vall Banc applique-t-elle aussi ces critères de durabilité dans ses activités ?

Oui. Nous sommes en train de mettre en place un groupe de travail interne pour appliquer tous ces concepts de manière transversale. Une partie de l’équipe de direction est nouvelle et nous nous trouvons dans la phase initiale, mais nous sommes tous d’accord sur le fait qu'il s'agit d'un élément fondamental, non seulement pour notre offre de produits, mais aussi pour la façon dont nous fonctionnons au quotidien.

Les investisseurs sont-ils conscients de cette nouvelle façon d’investir ou faut-il encore les éduquer un peu ?

Nous devons faire la différence entre les investisseurs institutionnels qui sont déjà très conscients et les investisseurs minoritaires. Parmi les premiers, certains clients commencent déjà à nous l’exiger ; quant aux investisseurs minoritaires, ils peuvent être sensibles à ces questions, mais ils ne savent pas qu’ils peuvent y investir. En ce sens, nous devons faire connaître des sujets tels que l’empreinte carbone, l’économie circulaire ou l’Agenda 2030 ; et nous devons aussi faire la distinction entre durabilité et solidarité. Notre mission principale est de faire gagner de l'argent à nos clients. La solidarité est un élément fondamental, mais nos clients sont plus centrés sur la mise en œuvre d’un système qui puisse avoir un impact positif sans sacrifier la rentabilité.

Vous avez plus de 20 ans d’expérience dans le secteur financier international et vous venez de commencer en Andorre. Quelle situation avez-vous rencontrée en matière de durabilité ?

Je me trouve face à une situation très intéressante, parce que l’Andorre, en tant que pays, est très sensible à la durabilité ; et quant au secteur financier, il a peut-être été très centré sur la responsabilité sociale des entreprises (en ce sens, Vall Banc apporte aussi sa contribution), mais je pense que nous devons modifier les processus d’investissement en fonction de ce que nous observons dans d’autres pays européens comme la France, l’Allemagne ou les pays scandinaves. Nous devons être plus ambitieux et Vall Banc s’est déjà mis à l’ouvrage. De fait, elle est signataire des principes d’investissement durable des Nations Unies. Nous devons nous concentrer sur la diffusion pour aider à éduquer nos clients, mais nous pensons que nous devons travailler très dur pour atteindre notre objectif.

Quels sont les secteurs où ce changement de tendance a été le plus visible ?

Très certainement tous les secteurs qui concernent l’énergie. En ce sens, le secteur évolue très rapidement. Mais également les nouvelles technologies, le monde de la mode durable ou les entreprises du monde de l’alimentation, très soucieuses d’une bonne gestion de l’eau. On le remarque dans tous les secteurs, de sorte qu’il s’agit en fin de compte d’une demande sociale. La sensibilité des citoyens pousse les marques à agir sur de nombreux aspects, au-delà des éléments transactionnels.

Depuis que vous avez commencé à vous spécialiser dans la durabilité, comment évaluez-vous l’évolution du secteur financier ?

Lorsque vous commencez à faire des recherches, vous vous rendez compte que la durabilité vous offre une meilleure analyse des risques que lorsque vous regardez seulement le compte des résultats, parce que vous voyez d’autres éléments tels que le risque de réputation. La perception des investisseurs minoritaires a aussi beaucoup changé et ils sont maintenant plus intéressés. Et un autre élément très important a été l’effet de la COVID-19 qui a concentré les préoccupations environnementales sur la santé et les groupes les plus vulnérables. Elle nous a humanisés et ceci a déroulé le tapis rouge pour tous les produits et investissements liés à la durabilité.

 

 

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